Les Français déraillent et emmènent la France avec eux...
Par Gvilbert, dimanche 2 avril 2006 à 12:26 :: Réflexions :: #39 :: rss
Par Jean André TSIMARATOS
L’état des lieux de la Maison France est pour le moins préoccupant. Un endettement abyssale, un chômage récurrent, plafonnant depuis une vingtaine d’années aux alentours de 10%, une jeunesse qui, quelque soit la formation qu’elle ait reçue, attend en moyenne 8 ans avant d’avoir un emploi digne de ce nom et dont le taux de chômage atteint 20%, un système éducatif en panne, une paupérisation croissante de la population, des comptes sociaux en déconfiture, une économie essoufflée, des citoyens désemparés et une classe politique décrédibilisée, obnubilée par les seules (d)échéances électorales, tétanisée lorsqu’il s’agit d’agir dans l’intérêt général.
Que ferait une famille se trouvant dans cette situation ? Elle se serrerait la ceinture, restreindrait ses dépenses de confort et de loisirs, se logerait à moindre prix.
Elle adopterait un plan d’assainissement de ses finances. Ce que tout français comprendrait et appliquerait dans le cadre familial, il lui est impossible de le concevoir et de l’accepter lorsque l’Etat tente de l’appliquer à lui-même. Ainsi, dans ce pays éminemment unitaire et centralisé, le citoyen considère l’Etat comme une structure indépendante, qui trouve ses ressources et fonctionne en toute autonomie. De ce fait, il ne comprend pas que les efforts de l’Etat pour remédier à la situation économique et sociale puissent avoir un effet sur lui !
En fait les français devraient prendre conscience que l’Etat n’est pas une entreprise commerciale qui vend des produits et fait de l’argent, mais une Institution qui représente chaque français, qui organise la vie en société, qui représente les français à l’étranger, qui assure les missions dites régaliennes (justice, éducation, santé publique, police, défense du territoire, transports publics, infrastructures de communication, etc.) Pour accomplir toutes ces missions l’Etat a besoin d’argent et ce sont les français qui contribuent par leurs impôts et leurs taxes à financer l’Etat. Alors que les français comprennent que chaque fois qu’ils demandent à l’Etat de leur fournir une prestation, ce sont eux qui paient.
Certes, le système d’imposition assure un prélèvement qui est fonction des revenus de chacun de sorte que les plus aisés contribuent plus que ceux qui en ont moins. Mais finalement les uns comme les autres mettent la main à la poche. Et quand les partis de la gauche radicale soutiennent qu’il faut imposer plus lourdement les entreprises, particulièrement celles qui réussissent de manière éclatante, ils oublient que ce que leur prendra l’Etat sera d’autant moins distribué à ceux qui y travaillent et qui contribuent à la réussite de l’entreprise. Sans compter que de nos jours les entreprises ont un moyen imparable pour éviter d’être surimposées, à savoir la délocalisation.
En 1981, les français ont porté les socialistes au pouvoir, associés aux communistes, pour mettre en œuvre une politique économique plus fortement étatisée que celle mise en place par la droite auparavant. Pendant les deux premières années le gouvernement de gauche de l’époque à nationalisé à tour de bras. Au cours de la troisième année l’économie française était à genou, le franc s’effondrait, le chômage doublait.
François Mitterrand, prenait alors la décision de virer complètement de bord et de faire appel aux économistes pragmatiques et réalistes parmi les socialistes. Ils faisaient appel à Laurent Fabius comme Premier ministre pour conduire une politique de redressement économique. Les communistes quittaient le gouvernement, les nationalisations étaient stoppées, un plan d’une extrême rigueur était mise en place. L’hémorragie économique était maîtrisée, mais celle de l’emploi se poursuivait.
Un quart de siècle plus tard, Laurent Fabius, chantre du libéralisme social des années 80, s’allie non seulement au seul parti communiste au monde, avec les PC cubain et Nord Coréen, à prôner une économie étatique, mais aussi avec les partis de l’extrême gauche ! Laurent le Rouge est né !
Mais revenons à l’essentiel. Alors que depuis 1984, les gouvernements qui se sont succédés, de gauche comme de droite, ont réussi, tant bien que mal, à redresser la situation économique sur le plan de l’inflation et sur le plan monétaire, le chômage et la dette publique n’ont jamais cessé de se creuser. Ce n’est pas faute de lois et d’argent que le chômage a atteint les niveaux actuels qui durent depuis 10 ans.
Depuis 81, la France a connu 11 gouvernements, soit une durée de vie moyenne d’à peine 23 mois par gouvernement. De plus sur ces 11 gouvernements, trois d’entre eux, représentant 9 années d’exercice de pouvoir, soit un peu plus du tiers de la période considérée, ont été des gouvernements de cohabitation. Aussi, leur marge de manœuvre n’était-elle pas dépourvue de toute contrainte politique. Pendant la même période les deux grands partenaires de la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont été gouvernés chacun par trois gouvernements soit une moyenne de plus de huit années. Enfin, sur le plan des alternances politiques des Assemblées Parlementaires il y en a eu 6 en France, 3 en Allemagne et 2 au Royaume-Uni.
Ce qui en France caractérise tout changement de gouvernement, est le bouleversement complet de l’action économique et sociale, même s’il s’agit de gouvernements issus de la même majorité parlementaire. Il n’y a aucune préoccupation de prendre en considération, un tant soit peu, ce qui a été fait par les prédécesseurs, à l’exception de ce qui est législatif. Sur ce dernier point les socialistes semblent vouloir innover, en annonçant d’ores et déjà, l’abrogation pure et simple de certaines lois concernant l’emploi et les retraites.
Cette caractéristique très française, combinée avec les alternances politiques, empêche toute mise en place d’une politique fondée sur le long terme. Ainsi depuis plus d’un quart de siècle la France n’a pas été en mesure de définir un cadre économique et social qui lui permettrait de maîtriser les défis que lui pose la mondialisation et qui étaient connus depuis longtemps, puisque la mondialisation s’est faite avec sa participation active et que c’est un français, de surcroît socialiste, qui se trouve à la tête de l’OMC.
Aujourd’hui, tous, citoyens, politiques, partis et syndicats se trouvent englués dans la nasse des problèmes quotidiens et notamment le plus important d’entre tous : le chômage. Et plutôt que de retrancher les manches et d’expérimenter des voies nouvelles pour combattre ce fléau, tout ce beau monde feigne ignorer que le monde à changer et que ce n’est pas la sécurité d’un emploi qui est importante, mais l’assurance de créer suffisamment d’emploi pour donner la possibilité à chaque citoyen de retrouver un emploi, lorsque celui qu’il occupe devient obsolète par la loi du marché.
Au lieu de chercher à rassurer les jeunes et moins jeunes que ce qui les sauvera du chômage est le CDI, il serait préférable de leur apprendre comment quitter le navire qui commence à prendre de l’eau, avant qu’il ne coule. Le temps perdu pendant la longue agonie d’une entreprise qui sera amenée à licencier, ajouté à celui de la revendication inutile pour le maintien de ces emplois devrait être mis à profit pour trouver le créneau porteur et assurer la formation adéquate. Voilà, ce qui serait plus utile pour notre jeunesse que la défense impossible de leurs droits acquis, que même leurs parents ne parviennent pas à préserver !
Que le PS, les autres partis de gauche, les syndicats ouvriers et étudiants, en regardant les exactions commises par certains anarchistes à la Sorbonne, qui rappellent certaines nuits noirs de 1933 en Allemagne, méditent sur leur responsabilité dans le déferlement de la violence.
Que les citoyennes et citoyens de ce pays, méditent sur leur responsabilité dans l’absence de gouvernance en France. Se sont eux qui votent et chaque pays à la gouvernance que méritent ses électrices et électeurs.
Que les médias rapportent de façon plus intensive et complète que les autres pays pensent de la France, ce qui pourrait éveiller leur fierté et les pousser à entreprendre plutôt qu’à défendre.
Les français et la France déraillaient en 1958, mais il s’est trouvé un homme et une équipe pour leur donner un espoir et les relevés. Les socialistes et le centre droit s’étaient opposés à cet homme et cette équipe, mais la France s’était redressée et a connu ses dix glorieuses années.
C’est d’un homme décidé que les français et la France ont besoin en ce moment. Peut-être que Saint Nicolas nous l’apportera en décembre dans sa hotte…..
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