L’irrationalité du comportement des hommes politiques de ses deux vieilles nations européennes, et plus particulièrement des français, les conduisent à des attitudes et des comportements pour le moins suicidaires, au regard de leurs propres intérêts et de ceux de l’Europe, voire du monde qui n’ont, à regarder de plus près, rien à voir avec l’antagonisme des concepts.

En effet, la France, bien qu’initiatrice de l’Europe communautaire, a toujours été plus proche d’une Europe des nations que d’une Europe fédérale ou fortement intégrée. Lorsqu’elle évoque une Europe plus intégrée, c’est en ayant en arrière pensée, une intégration autour de la France.

De son côté le Royaume-Uni, ayant perdu son statut d’hyper puissance au lendemain de la deuxième guerre mondiale, n’a jamais renoncé à l’ambition de peser sur le cours de l’évolution du monde. Son insularité, son passé coloniale l’ont, naturellement, poussé à regarder vers l’Ouest au-delà de l’atlantique et vers l’Est au-delà de l’Oural. Une Europe, même si elle devait était intégrée autour du Royaume-Uni, ne lui paraît pas correspondre à sa vision d’influence dans le monde. Par ailleurs, le Royaume-Uni a construit sa puissance autour de ses échanges commerciaux ce qui explique sa prédilection pour le concept de libre-échange.

En réalité la France comme le Royaume-Uni ne parviennent pas à renoncer, complètement, au statut qui était le leur avant la deuxième guerre mondiale. C’est en imprimant à l’Europe leurs concepts respectifs qu’ils espèrent y parvenir. La France, en tentant de forger une Europe aussi intégrée que possible sous sa tutelle politique, et le Royaume-Uni, en se fondant sur une Europe organisée comme une vaste zone de libre échange, dont il serait le « primus inter pares » en raison de sa puissance financière, économique et commerciale.

Jusqu’à la chute du mur de Berlin, l’Allemagne de l’époque avait joué le jeu de la France, car c’était le moyen le plus sûr de la faire exister politiquement, ce que sa dimension économique ne lui permettait pas. Le tandem Franco-allemand conduisait l’évolution de la construction Européenne et le Royaume-Uni veillait à sauvegarder ses intérêts vitaux et son indépendance.

Mais depuis la chute du mûr, la réunification de l’Allemagne, l’implosion de l’Union Soviétique et de son camp et enfin l’élargissement massif de l’Union Européenne, le tandem Franco-allemand s’est fissuré. Les prochaines élections législatives en Allemagne risquent de lui porter un coup mortel au cas, très probable, d’une victoire de la CDU.

Les raisons de cette évolution du tandem sont multiples, mais deux paraissent en être les causes principales :

· La première est politique et a trait à deux différends majeurs, l’un concernant la réunification de l’Allemagne, mollement soutenue par François Mitterrand, l’autre relatif à la politique balkanique.

· La deuxième est économique. En effet, le coût de la réunification de l’Allemagne s’est avéré beaucoup plus important que ne l’avait estimé le chancelier Kohl. De ce fait, l’Allemagne a perdu sa première place de puissance économique en Europe au profit du Royaume-Uni. Elle ne peut donc plus imposer avec le même poids le point de vue du tandem, d’autant plus que l’Union Européenne s’est élargie à 25. C’est élargissement a affaibli l’influence de la France au profit du Royaume-Uni, qui est considéré par les nouveaux entrants comme le modèle économique et social à suivre. Par ailleurs, l’Allemagne se rappelle de son influence économique sur la « mitteleuropa ».

La fin annoncée du tandem Franco-allemand, depuis plus de dix ans, aurait dû inciter les responsables politiques en France de préparer l’avenir, en élaborant de nouvelles stratégies qui aurait permis à la France de sauvegarder, voire renforcer son influence, en Europe et par là même dans le monde. Rien n’y fut !

Alors qu’en Allemagne, l’opposition chrétienne-démocrate prenait l’initiative de redéfinir la politique européenne de ce pays, laissant le soin au chancelier Schroeder de faire vivre les derniers instants du tandem, en France ni la majorité qui gouverne et encore moins l’opposition n’esquisser le moindre plan de substitution.

Pire encore, pendant la campagne référendaire, les partisans du OUI évoquaient la survie du tandem pour inciter les français à approuver le Traité Constitutionnel alors que les tenants du NON s’accrochaient au « au modèle social français » et à « la souveraineté nationale » pour inviter les français à rejeter ce Traité. Les uns comme les autres feignaient ignorer les conséquences de la fin d’une époque !

Les Français commencent à découvrir les conséquences de leur aveuglement politique, dont les résultats du référendum ne sont qu’un des effets. Prise triomphale du pouvoir de l’Union Européenne par les britanniques, avec l’appui des nouveaux entrants et bientôt de l’Allemagne et de certains anciens alliés traditionnels de la France qui veulent sauver les meubles lors de la restructuration inéluctable des choix budgétaires (Grèce, Portugal, Espagne, Italie). Perte des Jeux Olympiques, alors que Paris était à quelques heures du choix grand favori. Image dégradée du pays partout dans le monde et défaitisme grandissant à l’intérieur du pays.

Plutôt que de prendre conscience de l’absolu nécessité de faire des révisions déchirantes, les responsables politiques français continuent à cultiver le sentiment primaire anti-anglais en critiquant …….leur cuisine, leurs us et coutumes, leurs méthodes économiques. Ils ignorent que les progrès culinaires en Angleterre, particulièrement à Londres sont foudroyants, grâce aux chefs français qui s’expatrient pour pouvoir mieux travailler qu’en France ! Ils ignorent que ce qui fait la puissance

britannique ce sont précisément leurs us et coutumes. Sans eux, les îles britanniques auraient été envahies par les troupes de Hitler, les Malouines seraient argentines, les JO de 2012 auraient été concédés à Paris et Londres ne se relèverait pas des attentats terroristes du 8 juillet 2005. Enfin, ils sont aveugles face au redressement économique opéré par ce pays en deux décennies.

La France est un grand pays, une grande nation. Sa contribution à l’humanité est incommensurable sur les plans de la culture, des arts et des lettres, de l’architecture, du droit, des droits de l’homme. La France n’a jamais été aussi grande que lorsqu’elle s’est ouverte au monde, lorsqu’elle a accueilli en son sein tout ce qui venait de l’étranger car

elle avait confiance en son génie, lorsqu’elle a fait preuve d’audace et non pas de retenue. C’est cette France qu’il faut réinventer !

Pour y parvenir, il faut faire table rase de tous les préjugés et de toutes les certitudes. Il faut accepter le monde qui change et adapter sa stratégie selon ce qui est et non pas ce que l’on voudrait que ce soit. Il faut adopter les mesures qu’impose l’ambition de la grandeur de la France et abandonner celles qui obèrent cette ambition. Il faut adapter ses alliances à la réalité géopolitique et ne pas s’accrocher aux réminiscences du passé.

Pour jouer le rôle humaniste qui est le sien, la France doit faire partie des nouvelles alliances qui se nouent en Europe. Le tandem Franco-allemand doit céder sa place à une troïka composée du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de la France, associée à l’Italie, à l’Espagne et à la Pologne. Cette structure politique représenterait, de manière équilibrée, à la fois les préoccupations économiques et sociales ainsi que les intérêts régionaux (méditerranée, Europe continentale et Europe centrale). De cette façon, l’opposition frontale de ceux, qui en France, se réclament de l’économie du marché social contre ceux qui pratiquent le libéralisme, n’aurait plus sa raison d’être.

L’analyse sereine des blocages actuels de l’Europe nous permet de conclure que la diversité des Etats qui la composent ne milite pas en faveur de la mise en place d’un système économique, social et politique monolithique. Le système central doit être suffisamment souple pour permettre à chaque Etat d’adopter la politique que ses citoyens souhaitent se voir appliquer. L’Europe ne sera pas plus à l’image de la France qu’elle ne le sera à l’image du Royaume-Uni, de l’Allemagne ou de l’Italie. Elle sera à l’image du génie de chacune de ses composantes.

Il est donc urgent de réinventer l’entente cordiale.