- premièrement, que ceux qui ont voté « non » - même pour des raisons d’ordre national - prennent conscience des conséquences de leur vote et ne se dédouanent pas de réfléchir à la situation qu’ils ont provoquée – qu’ils aient créé la crise ou qu’ils l’aient seulement révélée, peu importe. Et, en particulier, que les hommes politiques qui ont appelé à voter « non » soient placés devant leurs responsabilités et critiqués pour la légèreté avec laquelle ils ont traité la possibilité du rejet de la Constitution sans prévoir d’alternative ; - deuxièmement, Constitution ou pas, les dossiers sont toujours sur la table des discussions et négociations européennes et ils engagent l’avenir de l’Europe: que ce soit la PAC, le chèque britannique, les taux de TVA réduits, l’élargissement et les frontières de l’Europe, la question de la souveraineté, plusieurs projets de directives importants (telle la directive Bolkenstein ou celle sur le contrôle des produits chimiques…), le budget, la place de l’Europe dans le monde, la réalisation des objectifs de la stratégie de Lisbonne en faveur de l’emploi et de la croissance, la liaison ferroviaire Paris-Lyon-Turin, le fonctionnement des institutions à 25, etc...

Sans dramatiser les conséquences du « non », nous, partisans du « oui » au traité constitutionnel, prenons acte du débat qui s’est ouvert sur l’Europe et sur la manière de faire l’Europe – l’appartenance à l’Europe n’étant, quant à elle, pas remise en cause.

Acceptons donc le temps d’une pause pour mieux réfléchir à l’Europe que nous voulons.

Les propositions sont d’ores et déjà nombreuses ; en voici un petit échantillon :

- le Premier Ministre français, Dominique de Villepin, plaide pour une « Europe des projets » et la réaffirmation de la préférence européenne ; - Nicolas Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, Président de l’UMP, préconise de suspendre l’élargissement tant que nous n’aurons pas de nouvelles institutions ; - Hervé de Charrette, ancien Ministre des Affaires étrangères, Secrétaire national aux Relations internationales de l’UMP, estime que la ratification de la partie I du traité, sur les objectifs et les compétences de l’Union, peut être l’objet d’une ratification séparée ; - d’autres pensent que des coopérations renforcées peuvent être engagées entre les Etats-membres qui le souhaitent ; - le Président du Parlement européen, Josep Borrell organisera, cet été, en Espagne, deux grands séminaires de réflexion pour tenter de comprendre les résultats des « non » aux referendums ; - Bronislaw Geremek, ancien Ministre des Affaires étrangères polonais, estime qu’« il faut créer entre les citoyens et l’Union une relation chaleureuse puisqu’elle n’existe plus. Il faut un grand débat sur l’avenir de l’Europe. Après, on pourrait démontrer que le traité constitutionnel est plutôt un bon instrument pour faire avancer l’Union » (Valeurs actuelles, 24 juin 2005) ; - la Commission européenne suggère de mettre en place le droit de pétition contenu dans la Constitution, permettant à un million de personnes de lui soumettre une requête ; - la Commission européenne a également décidé de préparer une feuille de route stratégique pour l’Union destinée à répondre aux questions des citoyens ; - la Fondation Bertelsmann, « think tank » allemand, propose de sortir du texte constitutionnel les points essentiels non contestés et de les présenter sous forme d’amendements au traité de Nice, qui serait soumis à la ratification des Etats-membres ; - Tony Blair, Premier Ministre britannique, a proposé, devant le Parlement européen, le 23 juin, de mener un débat sur la modernisation de l’Europe et sur la manière de rétablir le lien avec les citoyens.

On le voit, les propositions sont d’ores et déjà nombreuses pour que l’Europe se ressaisisse et dessine les contours qu’elle souhaite prendre pour l’avenir.

Ne laissons pas passer l’opportunité de participer au débat. De nouvelles propositions émergeront et, peut-être, une conception personnelle du projet européen qui pourra remporter un large assentiment.

Martine Rodriguez Vice-Présidente de la Commission Génération Europe de France République