La campagne des partisans du oui a-t-elle été moins bonne, c’est-à-dire moins convaincante, que la campagne des partisans du non ? La campagne des partisans du oui est devenue mauvaise lorsqu’elle a renoncé à défendre ses propres arguments pour se placer sur le terrain des partisans du non et leur répondre. Les partisans du oui ont aussi pêché par excès d’enthousiasme en croyant que l’Europe, parce qu’elle avait 48 ans à son actif, serait plébiscitée sans avoir jamais été clairement expliquée.

Les partisans du non ont su habilement porter le débat loin du texte constitutionnel en mélangeant tous les sujets….

L’Union européenne serait la fin de l’Etat-nation car elle briderait la souveraineté des peuples… C’est faux : l’Europe est une construction politique unique en son genre avec des parlementaires élus au suffrage universel direct et un Conseil composé de chefs d’Etat et de gouvernement démocratiquement élus dans chaque Etat-membre.

Les partisans du non ont défendu, de manière fallacieuse, une pseudo opposition entre une Europe libérale et une Europe sociale qui a finalement laissé la porte grande ouverte à ceux qu’ils disent craindre le plus, à savoir les libéraux et plus particulièrement les libéraux anglais.

Les partisans du non ont cherché à effrayer en invoquant l’entrée de la Turquie. Or, la vocation européenne de la Turquie a été évoquée pour la première fois en 1963 ; l’ouverture des négociations pour savoir si la Turquie peut intégrer l’Europe débutera en novembre prochain et quelque soit l’issue de ces négociations, le peuple français aura à se prononcer sur cette entrée, comme le prévoit la Constitution française depuis sa modification d’avril dernier.

Les partisans du non ont utilisé des arguments médiocres et méprisants, indignes du débat démocratique, tels ceux sur les « plombiers polonais » et la soi-disant rapacité des pays européens du sud.

Bref, les partisans du non ont peut-être oublié un peu vite que pour réformer un système il vaut mieux être à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Les partisans du non ont ainsi réussi à rendre la situation suffisamment confuse et laisser croire que tout pouvait être renégocié. Plan B ? La participation financière de la Grande-Bretagne ? La monnaie unique ? La PAC ?

Deux leçons immédiates sont à tirer du vote en faveur du non :

- d’une part, les citoyens européens, même s’ils ne souhaitent pas dans leur majorité, remettre en cause la construction européenne, ne la vivent plus avec la même émotion que les générations fondatrices profondément marquées par les guerres et, depuis le temps, ne se sont pas appropriés l’Europe, c’est-à-dire qu’ils ne la perçoivent pas positivement dans leur vie quotidienne, qu’elle leur a souvent été présentée comme un bouc émissaire aux difficultés du pays, qu’ils ne se sentent pas partie prenante à l’Europe ; - d’autre part, la décision politique, d’un point de vue opérationnel, au niveau européen n’est plus tenable dans l’état actuel des choses.

Sur le premier point, le débat européen, qui a foisonné pendant la campagne referendaire, et ceci pour la première fois avec une telle intensité, doit être poursuivi, toujours plus pédagogique, toujours plus explicatif et il faut trouver les moyens de faire l’Europe avec ses citoyens ; c’est un travail de longue haleine qui exige de chacun un discours responsable.

Sur le deuxième point, la Constitution apportait, dans sa première partie, une réponse innovante pour garantir une décision européenne plus démocratique et plus efficace – et elle a d’ailleurs été peu contestée par les opposants au Traité. Il s’agit, notamment, du renforcement du rôle du Parlement européen, de la création d’un Président et d’un Ministre des Affaires Etrangères de l’Union européenne, d’un vote à une majorité plus juste.

A court terme, il semble donc possible que l’accord puisse se faire dans les pays où le non l’a emporté et avec les pays qui ont voté oui sur cette première partie de la Constitution. Ses principes pourraient être repris, présentés sous la forme d’un code des institutions européennes et soumis au Parlement européen.

Une question préalable doit cependant être levée : faut-il continuer le processus de ratification dans chaque Etat, soit jusqu’en 2006, afin de respecter l’expression de chacun, ou la crise est-elle jugée suffisamment grave pour changer de méthode et faire de nouvelles propositions ?

Martine Rodriguez Vice-Présidente de la Commission Génération Europe de France République